lettre anonyme

Sous pression
(petit poème pour que les éditions Première Pressio
n À Froid voient tous leurs vœux se réaliser)

Alors que tout le monde se jette sur son écran
Se livre aux regards impudiques
Pour ne plus voir que soi-même.

Cherchant en vain son nombril
Dans la pupille du voisin
Alors que ses contours vacillent.

Ne pouvant plus rien graver
de moins lisible qu’un sms
de moins sinistre qu’un profil facebook
de moins vaste qu’une recherche google.

Chacun semble attendre
Un geste fou et salvateur
à critiquer, à crucifier.

Dans l’effondrement d’un monde
qui n’en finit pas de s’effondrer
Que doit-on faire encore pour l’achever?

Ne manque t-il pas un poème?
Quelques dessins?
Doit-on vous faire un dessin?
Un conte illustré peut-être?

Il y a parfois quelques éberlués
Qui cherchent à lire entre les lignes
À
comprendre au delà du texte
À voir derrière l’écran…
Pour ceux-là le sommeil n’est point permis
Ni gloire, ni fortune, ni repos…

Il leur faudra
De l’encre et du papier
Une presse et du temps.

Espérant qu’une conscience
Affleure entre les pages
Et qu’un souffle
Vienne enfin briser ce mur
Qui invente d’autres murs
Entre nos vies et nos fictions.

Que la chance
qui, dit-on, sourit aux audacieux,
embrasse ceux qui voudront faire un livre
Alors que l’époque ne s’y prête pas.