Les Mauvais Sujets

Les Mauvais Sujets nous offre trois histoires de personnages bien connus dans l’univers des contes, les pirates, la sorcière et les brigands.

Seulement cette fois, les pirates se trouvent bien en peine de naviguer en quête de trésor. La sorcière parvient tout juste à tourner le minuteur de son four à micro-onde. Et les brigands, devant leur télé, n’osent même plus sortir de chez eux de peur d’être agressés…
C’est un monde en suspens qui nous est dépeint. Le caractère de ces personnages, d’ordinaire affirmé, flotte en toile de fond sans jamais vraiment s’exprimer. C’est que le monde dans lequel ils vivent est désenchanté, nous souffle le narrateur. On y dort beaucoup, on se laisse dériver mais jamais on ne rêve, jamais on ne prend le large. On attend de voir si on se reconnaît dans le miroir du monde plutôt que de partir en quête de soi-même.
Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui manquent à nos protagonistes pour sortir de cette léthargie généralisée. Au plus fort de leur ivresse, les pirates perçoivent des reflets scintillants à l’horizon. De son côté, la sorcière est parfois prise d’une étrange nostalgie, d’un passé à l’odeur sauvage qu’elle n’a pas vécu mais qu’elle sent profondément être le sien. Et il arrive de temps à autre aux brigands de basculer de la somnolence du canapé aux songes troublants d’une vie farouchement consumée.
Ces mauvais sujets semblent saisis par la torpeur que leur inspire le monde. Aucun de ces personnages, d’ordinaire si agités, ne se révoltent. Et pourtant, le texte laisse toujours poindre en fin de chapitre une porte ouverte, ou plutôt une sortie de secours par laquelle nous pourrions nous échapper et imaginer la suite de l’histoire.
La suite? Ce sont les caractères typographiques qui nous la racontent ; c’est l’insurrection du texte même. Les lettres ne tiennent plus en casse et abandonnent les rangs des lignes et des paragraphes. Les mots se multiplient et saturent les espaces de la page. Des caractères s’étirent démesurément et d’autres se font tout petits, invisibles, incognitos et se cachent dans les recoins du livre. Le jeu des caractères typographiques fait résolument appel à notre imaginaire et le texte y trouve une nouvelle dimension de lecture. L’œil du lecteur est tour à tour chahuté par l’apparent désordre des lettres, d’habitude si sages, mais il est également flatté par l’élégance des courbes, des pleins et des déliés de la typographie.
Les mauvais sujets, sous l’apparence d’un petit livre sobre, renferme une multitude d’histoires : celles des pirates, des sorcières et des brigands bien sûr mais aussi celles des signes typographiques énigmatiques ou tranchants, grégaires ou évanescents, dansants et indisciplinés.

2012
16×22,5cm32 pages
ISBN 979-10-90890-01-5
13€